Jeudi de la 3ème semaine de Carême
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,
Jésus expulsait un démon qui rendait un homme muet.
Lorsque le démon fut sorti, le muet se mit à parler,
et les foules furent dans l’admiration.
Mais certains d’entre eux dirent :
« C’est par Béelzéboul, le chef des démons,
qu’il expulse les démons. »
D’autres, pour le mettre à l’épreuve,
cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel.
Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit :
« Tout royaume divisé contre lui-même devient désert,
ses maisons s’écroulent les unes sur les autres.
Si Satan, lui aussi, est divisé contre lui-même,
comment son royaume tiendra-t-il ?
Vous dites en effet que c’est par Béelzéboul
que j’expulse les démons.
Mais si c’est par Béelzéboul que moi, je les expulse,
vos disciples, par qui les expulsent-ils ?
Dès lors, ils seront eux-mêmes vos juges.
En revanche, si c’est par le doigt de Dieu
que j’expulse les démons,
c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous.
Quand l’homme fort, et bien armé, garde son palais,
tout ce qui lui appartient est en sécurité.
Mais si un plus fort survient et triomphe de lui,
il lui enlève son armement, auquel il se fiait,
et il distribue tout ce dont il l’a dépouillé.
Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ;
celui qui ne rassemble pas avec moi disperse. »
Méditation :
« Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi disperse. »
Dans cet Évangile, Jésus révèle une vérité simple et exigeante : la vie spirituelle ne connaît pas la neutralité. Nous sommes toujours en train de rassembler ou de disperser.
C’est ici que se cache souvent le piège de l’acédie.
L’acédie n’est pas seulement la paresse spirituelle. Elle est ce découragement intérieur qui nous fait peu à peu nous éloigner de Dieu. Elle nous installe dans une forme d’indifférence : on ne combat plus, on ne choisit plus vraiment, on laisse simplement la vie spirituelle se dessécher.
Mais l’acédie disperse le cœur.
Lorsqu’elle s’installe, la prière devient lourde, la charité s’affaiblit, la joie de croire disparaît. Le cœur se divise, et ce qui était autrefois vivant devient tiède.
Jésus nous rappelle aujourd’hui que le Royaume se construit dans l’unité : unité avec Dieu, unité intérieure, unité avec les autres.
Suivre le Christ, c’est choisir de rassembler.
Rassembler nos forces, rassembler notre cœur, rassembler nos frères.
Chaque acte de foi, chaque prière fidèle, chaque geste de charité combat l’acédie. Ce sont de petites victoires par lesquelles le Royaume de Dieu s’enracine en nous.
Aujourd’hui, demandons la grâce de la persévérance.
Car contre la dispersion du cœur, le Christ nous appelle à demeurer avec lui.
Et celui qui demeure avec le Christ apprend peu à peu à rassembler toute sa vie en Dieu.
La Minute Caté
" Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras "
2084 Dieu se fait connaître en rappelant son action toute-puissante, bienveillante et libératrice dans l’histoire de celui auquel il s’adresse : " Je t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude ". La première parole contient le premier commandement de la loi : " Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras ... Vous n’irez pas à la suite d’autres dieux " (Dt 6, 13-14). Le premier appel et la juste exigence de Dieu est que l’homme l’accueille et l’adore.
2085 Le Dieu unique et vrai révèle d’abord sa gloire à Israël (cf. Ex 19, 16-25 ; 24, 15-18). La révélation de la vocation et de la vérité de l’homme est liée à la révélation de Dieu. L’homme a la vocation de manifester Dieu par son agir en conformité avec sa création " à l’image et à la ressemblance de Dieu " :
Il n’y aura jamais d’autre Dieu, Tryphon, et il n’y en a pas eu d’autre, depuis les siècles ... que celui qui a fait et ordonné l’univers. Nous ne pensons pas que notre Dieu soit différent du vôtre. Il est le même qui a fait sortir vos pères d’Égypte " par sa main puissante et son bras élevé ". Nous ne mettons pas nos espérances en quelque autre, il n’y en a pas, mais dans le même que vous, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (S. Justin, dial. 11, 1).
2086 " Le premier des préceptes embrasse la foi, l’espérance et la charité. Qui dit Dieu, en effet, dit un être constant, immuable, toujours le même, fidèle, parfaitement juste. D’où il suit que nous devons nécessairement accepter ses Paroles, et avoir en lui une foi et une confiance entières. Il est tout-puissant, clément, infiniment porté à faire du bien. Qui pourrait ne pas mettre en lui toutes ses espérances ? Et qui pourrait ne pas l’aimer en contemplant les trésors de bonté et de tendresse qu’il a répandus sur nous ? De là cette formule que Dieu emploie dans la Sainte Écriture soit au commencement, soit à la fin de ses préceptes : ‘Je suis le Seigneur’ " (Catech. R. 3, 2, 4).
2094 On peut pécher de diverses manières contre l’amour de Dieu : L’indifférence néglige ou refuse la considération de la charité divine ; elle en méconnaît la prévenance et en dénie la force. L’ingratitude omet ou récuse de reconnaître la charité divine et de lui rendre en retour amour pour amour. La tiédeur est une hésitation ou une négligence à répondre à l’amour divin, elle peut impliquer le refus de se livrer au mouvement de la charité. L’acédie ou paresse spirituelle va jusqu’à refuser la joie qui vient de Dieu et à prendre en horreur le bien divin. La haine de Dieu vient de l’orgueil. Elle s’oppose à l’amour de Dieu dont elle nie la bonté et qu’elle prétend maudire comme celui qui prohibe les péchés et qui inflige les peines.
Pour approfondir :
Sermon d’un auteur anonyme
Soyons attentifs au conseil très salutaire du Seigneur : Il faut prier toujours et ne pas se lasser. Homme, celui qui t’a racheté, celui qui a voulu te créer, ne veut pas que tu cesses de prier, il ne veut pas que tu t’abstiennes quelquefois de prier. Il veut que tu achètes ses bienfaits par la prière. Il veut que par une prière assidue tu négocies l’achat des biens éternels. Il veut que tu reçoives par la prière ce que sa bonté désire t’accorder. Le Seigneur cherche des occasions de donner, il cherche les moyens de faire parvenir des présents à l’homme qu’il aime. Aussi, que refusera-t-il à l’orant, alors que par ses préceptes il l’exhorte et l’incite à prier sans faiblir ?
Pour cette raison, il importe que chaque fidèle travaille de toutes ses forces à accomplir ce que le Seigneur lui propose et qu’il accueille volontiers les exhortations de son Seigneur. Considérez, frères, quelle gloire est attribuée à l’oraison : converser avec Dieu, s’entretenir avec le Christ, captiver Dieu par ses prières, obtenir ce que l’on désire. Converser, dis-je, avec Dieu parce que même s’il se tait en paroles, il répond par des bienfaits. Es-tu triste ? il est joyeux ; souffres-tu ? il s’en réjouit ; il écoute volontiers ce que tu lui exposes avec tristesse, et dans sa miséricorde il réalise ce que tu lui demandes avec larmes. Il ne méprise pas tes requêtes. Seul ton silence lui est à charge. Il se réjouit, en effet, de tes larmes car il trouve ainsi en toi quelque chose qui mérite récompense.
Comme est grande l’oraison continuelle, source intarissable des vertus, elle fait apparaître des miracles, éclater des merveilles. Aimons-la, car elle fait progresser les saints, elle écarte la colère de Dieu et le provoque au pardon. La prière rend Dieu présent, car, lorsque nous prions, il n’est pas possible que nous fasse défaut celui qui nous a appris à prier. Quoi ! Refuserait-il son secours à nos prières alors qu’il nous inspire le désir de prier ? L’oraison glorifie le juste, absout le pécheur, réconforte le pauvre, modère le riche, enlève la crainte et ôte la tristesse ; elle est joie dans la prospérité, sécurité dans le malheur. C’est elle, la consolation des affligés, la santé des malades.