Jeudi de la 4ème semaine de Carême
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie,
de laquelle fut engendré Jésus,
que l’on appelle Christ.
Or, voici comment fut engendré Jésus Christ :
Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ;
avant qu’ils aient habité ensemble,
elle fut enceinte
par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste,
et ne voulait pas la dénoncer publiquement,
décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet,
voici que l’ange du Seigneur
lui apparut en songe et lui dit :
« Joseph, fils de David,
ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse,
puisque l’enfant qui est engendré en elle
vient de l’Esprit Saint ;
elle enfantera un fils,
et tu lui donneras le nom de Jésus
(c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve),
car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Quand Joseph se réveilla,
il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit.
– Acclamons la Parole de Dieu.
Méditation
« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie… »
Dans cet Évangile, tout est silencieux.
Aucune parole de Joseph. Aucun discours.
Mais un acte. Un acte décisif.
Joseph est un homme juste.
Et sa justice ne consiste pas d’abord à appliquer une règle, mais à se laisser déplacer par Dieu.
Il avait un projet.
Un projet raisonnable, prudent, presque charitable : se retirer en silence.
Mais Dieu vient bouleverser ce projet.
Et Joseph accepte de lâcher prise.
Voilà le cœur du Carême.
Apprendre à quitter ce que nous avions prévu pour entrer dans ce que Dieu veut.
Joseph ne comprend pas tout.
Mais il obéit.
Il ne possède rien.
Mais il reçoit tout.
Il ne maîtrise pas la situation.
Mais il se confie.
C’est ici que s’ouvre pour nous le chemin de la sequela Christi, le fait de suivre le Christ.
Car suivre le Christ, ce n’est pas d’abord faire des choses pour Dieu.
C’est entrer dans sa manière de vivre : pauvreté, chasteté, obéissance.
Et saint Joseph en est une icône saisissante.
La pauvreté, d’abord.
Joseph renonce à posséder sa vie.
Il renonce à posséder Marie.
Il renonce même à comprendre pleinement ce qui lui arrive.
Il devient pauvre, au sens le plus profond :
il consent à ne plus être la source, ni le maître, ni le propriétaire.
Il reçoit.
Il reçoit Marie.
Il reçoit l’enfant.
Il reçoit une mission qui le dépasse infiniment.
La pauvreté chrétienne, ce n’est pas seulement avoir moins.
C’est vivre sans s’approprier.
C’est accueillir tout comme un don.
La chasteté, ensuite.
Elle n’est pas ici une privation, mais une manière d’aimer autrement.
Joseph aime Marie en vérité, sans la posséder, sans la ramener à lui.
L’obéissance, enfin.
Joseph agit immédiatement : « il fit ce que l’ange lui avait prescrit ».
Sans délai. Sans discussion. Sans reprise de contrôle.
En ce Carême, saint Joseph nous apprend une chose essentielle :
la sainteté commence quand nous cessons de vouloir tout tenir.
Alors la question devient simple :
Qu’est-ce que je veux encore maîtriser ?
Qu’est-ce que je refuse de recevoir ?
Qu’est-ce que je veux garder pour moi ?
Car Dieu ne peut remplir que des mains ouvertes.
Joseph n’a rien gardé.
Et c’est pourquoi il a tout reçu.
Entrer dans la pauvreté de Joseph, c’est déjà entrer dans la vie de Dieu.
La Minute caté
Aujourd’hui une spéciale Doctrine sociale de l’Eglise :
182 Le principe de la destination universelle des biens requiert d'accorder une sollicitude particulière aux pauvres, à ceux qui se trouvent dans des situations de marginalité et, en tout cas, aux personnes dont les conditions de vie entravent une croissance appropriée. À ce propos il faut réaffirmer, dans toute sa force, l'option préférentielle pour les pauvres: 384 « C'est là une option, ou une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne dont témoigne toute la tradition de l'Église. Elle concerne la vie de chaque chrétien, en tant qu'il imite la vie du Christ, mais elle s'applique également à nos responsabilités sociales et donc à notre façon de vivre, aux décisions que nous avons à prendre de manière cohérente au sujet de la propriété et de l'usage des biens. Mais aujourd'hui, étant donné la dimension mondiale qu'a prise la question sociale, cet amour préférentiel, de même que les décisions qu'il nous inspire, ne peut pas ne pas embrasser les multitudes immenses des affamés, des mendiants, des sans-abri, des personnes sans assistance médicale et, par-dessus tout, sans espérance d'un avenir meilleur ».385
183 La misère humaine est le signe évident de la condition de faiblesse de l'homme et de son besoin de salut.386 Le Christ Sauveur a eu pitié d'elle, lui qui s'est identifié à ceux qu'il appelait les « plus petits de mes frères » (Mt 25, 40.45): « C'est à ce qu'ils auront fait pour les pauvres que Jésus-Christ reconnaîtra ses élus. Lorsque “la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres” (Mt 11, 5), c'est le signe de la présence du Christ ».387
Jésus dit: « Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours » (Mt 26, 11; cf. Mc 14, 7; Jn 12, 8), non pas pour opposer au service des pauvres l'attention qui lui est accordée. Si, d'une part, le réalisme chrétien apprécie les efforts louables faits pour vaincre la pauvreté, de l'autre il met en garde contre les positions idéologiques et contre les messianismes qui alimentent l'illusion d'éliminer totalement de ce monde le problème de la pauvreté. Cela n'adviendra qu'au retour du Christ, quand il sera de nouveau avec nous pour toujours. Entre-temps, les pauvres nous sont confiés et c'est sur cette responsabilité que nous serons jugés à la fin (cf. Mt 25, 31-46): « Notre Seigneur nous avertit que nous serons séparés de lui si nous omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et des petits qui sont ses frères ».388
184 L'amour de l'Église pour les pauvres s'inspire de l'Évangile des béatitudes, de la pauvreté de Jésus et de son attention envers les pauvres. Cet amour concerne la pauvreté matérielle aussi bien que les nombreuses formes de pauvreté culturelle et religieuse.389 L'Église, « depuis les origines, en dépit des défaillances de beaucoup de ses membres, n'a cessé de travailler à les soulager, les défendre et les libérer. Elle l'a fait par d'innombrables œuvres de bienfaisance qui restent toujours et partout indispensables ».390 S'inspirant du précepte évangélique « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8), l'Église enseigne à secourir le prochain selon ses divers besoins et accomplit largement dans la communauté humaine d'innombrables œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles: « Parmi ces gestes, l'aumône faite aux pauvres est un des principaux témoignages de la charité fraternelle: elle est aussi une pratique de justice qui plaît à Dieu »,391 même si la pratique de la charité ne se réduit pas à l'aumône, mais implique l'attention à la dimension sociale et politique du problème de la pauvreté. L'enseignement de l'Église revient constamment sur le rapport entre charité et justice: « Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne faisons pas pour eux des dons personnels, mais nous leur rendons ce qui est à eux. Plus qu'accomplir un acte de charité, nous accomplissons un devoir de justice ».392 Les Pères conciliaires recommandent fortement d'accomplir ce devoir « de peur que l'on n'offre comme don de la charité ce qui est déjà dû en justice ».393 L'amour pour les pauvres est certainement « incompatible avec l'amour immodéré des richesses ou leur usage égoïste » 394 (cf. Jc 5, 1-6).
Pour approfondir :
Exhortation apostolique Redemptoris custos du pape Jean-Paul II
Appelé à veiller sur le Rédempteur, Joseph fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. Dès les premiers siècles, les Pères de l’Église, s’inspirant de l’Évangile, ont bien montré que saint Joseph a pris un soin affectueux de Marie et s’est consacré avec joie à l’éducation de Jésus-Christ ; de même il est le gardien et le protecteur de son Corps mystique, l’Église, dont la Vierge sainte est la figure et le modèle. Au cours de sa vie, qui fut un pèlerinage dans la foi, Joseph, comme Marie, resta jusqu’au bout fidèle à l’appel de Dieu.
La vie de Marie consista à accomplir à fond le premier fiat prononcé au moment de l’Annonciation, tandis que Joseph, comme on l’a dit, ne proféra aucune parole lors de son « annonciation » : il fit simplement ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit. Et ce premier « il fit » devint le commencement du chemin de Joseph. Le long de ce chemin, les évangiles ne mentionnent aucune parole dite par lui. Mais ce silence de Joseph a une portée particulière : grâce à lui, on peut saisir pleinement la vérité contenue dans le jugement que l’Évangile émet sur Joseph : « le juste ». Il faut savoir lire cette vérité, car en elle est contenu l’un des témoignages les plus importants sur l’homme et sur sa vocation.
L’homme juste de Nazareth possède avant tout les caractéristiques très claires de l’époux. L’évangéliste parle de Marie comme d’« une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph ». Avant que commence à s’accomplir le mystère caché depuis des siècles en Dieu, les évangiles présentent à nos yeux l’image de l’époux et de l’épouse. Dans la liturgie, Marie est célébrée comme unie à Joseph, homme juste, par les liens d’un amour sponsal et virginal. Il s’agit en effet de deux amours qui représentent ensemble le mystère de l’Église, vierge et épouse, dont le mariage de Marie et de Joseph est le symbole.
Le climat de silence qui accompagne tout ce qui se réfère à la figure de Joseph s’étend aussi à son travail de charpentier dans la maison de Nazareth. Toutefois, c’est un silence qui révèle d’une manière spéciale le profil intérieur de cette figure. Les Évangiles parlent exclusivement de ce que Joseph a « fait » ; mais ils permettent de découvrir dans ses actions, enveloppées de silence, un climat de profonde contemplation. Joseph était quotidiennement en contact avec le mystère caché depuis des siècles, qui « établit » sa demeure sous son toit.