Samedi de la 5ème semaine de Carême
Lecture du livre du prophète Ézékiel
Ainsi parle le Seigneur Dieu :
« Je vais prendre les fils d’Israël
parmi les nations où ils sont allés.
Je les rassemblerai de partout
et les ramènerai sur leur terre.
J’en ferai une seule nation
dans le pays, sur les montagnes d’Israël.
Ils n’auront tous qu’un seul roi ;
ils ne formeront plus deux nations ;
ils ne seront plus divisés en deux royaumes.
Ils ne se rendront plus impurs
avec leurs idoles immondes et leurs horreurs,
avec toutes leurs révoltes.
Je les sauverai en les retirant de tous les lieux où ils habitent
et où ils ont péché,
je les purifierai.
Alors ils seront mon peuple,
et moi je serai leur Dieu.
Mon serviteur David régnera sur eux ;
ils n’auront tous qu’un seul berger ;
ils marcheront selon mes ordonnances,
ils garderont mes décrets et les mettront en pratique.
Ils habiteront le pays que j’ai donné à mon serviteur Jacob,
le pays que leurs pères ont habité.
Ils l’habiteront, eux-mêmes et leurs fils,
et les fils de leurs fils pour toujours.
David, mon serviteur, sera leur prince pour toujours.
Je conclurai avec eux une alliance de paix,
une alliance éternelle.
Je les rétablirai, je les multiplierai,
je mettrai mon sanctuaire au milieu d’eux pour toujours.
Ma demeure sera chez eux,
je serai leur Dieu et ils seront mon peuple.
Alors les nations sauront que Je suis le Seigneur,
celui qui sanctifie Israël,
lorsque mon sanctuaire sera au milieu d’eux pour toujours. »
Méditation
« J’en ferai une seule nation… ils n’auront tous qu’un seul berger. »
Le désir de Dieu est clair, net, sans ambiguïté. Il veut rassembler ce qui est dispersé, unifier ce qui est divisé, restaurer ce qui est déchiré.
Toute l’histoire du salut peut se lire à cette lumière. Dieu ne cesse de chercher l’unité. Mais il ne s’agit pas d’une unité de façade, ni d’un simple accord extérieur. Dieu ne juxtapose pas, il ne recolle pas. Il recrée une communion vivante.
Car la division vient toujours du péché. Le cœur de l’homme se fragmente, se disperse, se replie. Il devient incapable de demeurer unifié, incapable d’habiter pleinement la relation à Dieu et aux autres. C’est pourquoi le Seigneur promet une purification. « Je les purifierai. »
L’unité commence là. Elle ne se décrète pas, elle se reçoit. Elle naît d’un cœur purifié, libéré de ses idoles, de ses résistances, de ses attachements désordonnés. Un cœur qui consent à être rassemblé par Dieu.
Alors Dieu donne un seul berger. Ce berger, c’est le Christ. En lui, tout est réuni. En lui, tout est réconcilié. Sur la Croix, il a porté nos divisions, il a traversé nos fractures, il a ouvert un chemin d’unité. Il ne s’agit plus seulement d’un idéal, mais d’un don réel offert à chacun.
Mais ce don demande à être accueilli. Il demande à être vécu. L’unité commence dans le cœur, elle se déploie dans la vie fraternelle, elle s’accomplit dans l’Église, lieu où Dieu établit sa demeure au milieu de son peuple.
Vivre l’unité, ce n’est pas simplement éviter les conflits. C’est demeurer dans le Christ, sous un seul berger, et laisser Dieu faire de nous un seul corps. C’est passer d’une vie dispersée à une vie rassemblée, d’un cœur partagé à un cœur unifié.
En ce temps de Carême, la question devient personnelle. Suis-je unifié ou dispersé ? Est-ce que je laisse le Christ rassembler ma vie, ou est-ce que je demeure éclaté entre mille attachements ?
Dieu veut faire de nous un seul peuple, un seul corps, une seule demeure pour sa présence. Là où il habite, là où son sanctuaire est au milieu de nous, l’unité devient possible. Et cette unité, humble et réelle, est déjà le signe que Dieu est là.
La Minute caté
748 " Le Christ est la lumière des peuples : réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes créatures la bonne nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église "(LG 1). C’est sur ces paroles que s’ouvre la " Constitution dogmatique sur l’Église " du deuxième Concile du Vatican. Par là, le Concile montre que l’article de foi sur l’Église dépend entièrement des articles concernant le Christ Jésus. L’Église n’a pas d’autre lumière que celle du Christ ; elle est, selon une image chère aux Pères de l’Église, comparable à la lune dont toute la lumière est reflet du soleil.
749 L’article sur l’Église dépend aussi entièrement de celui sur le Saint-Esprit qui le précède. " En effet, après avoir montré que l’Esprit Saint est la source et le donateur de toute sainteté, nous confessons maintenant que c’est Lui qui a doté l’Église de sainteté " (Catech. R. 1, 10, 1). L’Église est, selon l’expression des Pères, le lieu " où fleurit l’Esprit " (S. Hippolyte, trad. ap. 35).
750 Croire que l’Église est " Sainte " et " Catholique ", et qu’elle est " Une " et " Apostolique " (comme l’ajoute le Symbole de Nicée-Constantinople) est inséparable de la foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit. Dans le Symbole des apôtres, nous faisons profession de croire une Église Sainte (" Credo [...] Ecclesiam "), et non pas en l’Église, pour ne pas confondre Dieu et ses œuvres et pour attribuer clairement à la bonté de Dieu tous les dons qu’Il a mis dans son Église (cf. Catech. R. 1, 10, 22).
Pour approfondir :
Sermon de saint Césaire d’Arles
C’est de notre Seigneur et Sauveur, frères très aimés, que depuis bien des temps, le prophète a dit : Il s’élèvera comme une jeune pousse et comme une racine dans une terre assoiffée. Pourquoi comme une racine ? Pour cette raison : Il n’a pas d’apparence ni d’éclat. Il a souffert, il a été humilié, il a été souillé de crachats : il n’avait pas d’apparence ; il se montrait homme, bien qu’il fût Dieu. Oui, à la manière de la racine qui n’est pas belle, mais porte en soi la puissance de sa beauté. Attention, mes frères, voyez la miséricorde de Dieu.
L’Église a grandi, les païens ont cru, les princes de la terre ont été vaincus sous le nom du Christ ; pour qu’ils fussent vainqueurs dans la terre entière, leur cou a été placé sous le joug du Christ. Ils poursuivaient auparavant les chrétiens à cause des idoles ; ils poursuivent les idoles à cause du Christ. Tous ont recours à l’aide de l’Église, en toutes leurs afflictions, en toutes leurs tribulations. Il a poussé ce grain de moutarde, devenu grand, il dépasse les plantes potagères, y viennent les oiseaux du ciel, les grands du monde, et ils prennent leur repos sous ses branches.
D’où vient une telle beauté ? Elle a surgi de je ne sais quelle racine. Et cette beauté s’épanouit dans la gloire. Cherchons la racine : il a été souillé de crachats, il a été humilié, il a été flagellé, il a été crucifié, il a été blessé, il a été méprisé. Eh bien, ici, d’apparence il n’y en a pas ; mais dans l’Église, la gloire de la racine est puissante. Par conséquent elle désigne précisément comme l’époux celui qui est méprisé, déshonoré, avili. Mais vous avez seulement à voir l’arbre qui a surgi de cette pauvre racine et qui a rempli toute la terre.
Il est, lui, sans apparence ni éclat, et nous l’avons vu, et il n’avait ni apparence ni éclat. Et où l’avons-nous vu, sans apparence ni éclat ? Dans le supplice, il est homme ; avant le supplice, il est Dieu ; après le supplice il est homme et Dieu. Homme dans le supplice et capable de porter les infirmités. Les infirmités de qui ? De ceux par qui il souffrait. Le médecin portait les infirmités des frénétiques ; et alors précisément qu’on le crucifiait, il priait et disait : Père, pardonne-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. Attention, aimons l’époux : plus il nous est présenté comme défiguré, plus il est devenu cher à l’épouse, plus il est aimé d’elle. À cause de cela aussi il s’est détourné. Il s’est détourné pour que ceux qui le crucifiaient ne le reconnaissent pas : Sa face a été outragée, on ne l’a pas estimé cher.