Mardi Saint
Lecture du livre du prophète Isaïe
L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles,
guérir ceux qui ont le cœur brisé,
proclamer aux captifs leur délivrance,
aux prisonniers leur libération,
proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur,
et un jour de vengeance pour notre Dieu,
consoler tous ceux qui sont en deuil,
ceux qui sont en deuil dans Sion,
mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre,
l’huile de joie au lieu du deuil,
un habit de fête au lieu d’un esprit abattu.
Vous serez appelés « Prêtres du Seigneur » ;
on vous dira « Servants de notre Dieu ».
Loyalement, je vous donnerai la récompense,
je conclurai avec vous une alliance éternelle.
Vos descendants seront connus parmi les nations,
et votre postérité, au milieu des peuples.
Qui les verra pourra reconnaître
la descendance bénie du Seigneur.
Méditation
« L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. »
Tout commence là. Non pas d’abord par une mission, non pas d’abord par une action, mais par L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Tout commence là. Non pas d’abord par une mission, mais par une identité. Avant d’être envoyé, il faut être configuré. Avant d’agir, il faut être transformé intérieurement.
Car notre foi est une foi en Jésus Christ. Et ce nom dit tout. Le Christ, c’est l’Oint. Celui sur qui repose l’Esprit en plénitude. Celui qui est entièrement habité, entièrement traversé par le souffle de Dieu.
Si nous nous appelons chrétiens, ce n’est pas d’abord pour désigner une appartenance extérieure. C’est pour dire que nous participons à cette onction. Être chrétien, c’est être configuré au Christ, c’est-à-dire devenir, par grâce, ce qu’il est par nature : un homme habité par l’Esprit.
Au baptême, cette onction a été déposée en nous comme une semence. À la confirmation, elle a été fortifiée. Et toute la vie chrétienne consiste à laisser cette onction nous transformer de l’intérieur, jusqu’à ce que le Christ prenne forme en nous.
Être oint, ce n’est pas recevoir quelque chose de superficiel. C’est être saisi au plus profond de son être. C’est laisser l’Esprit Saint pénétrer nos pensées, nos désirs, nos actions. C’est peu à peu ne plus vivre à partir de soi-même, mais à partir du Christ en nous.
Alors seulement la mission devient vraie. Alors seulement nous pouvons annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir les cœurs brisés, consoler ceux qui sont en deuil. Non pas par nos propres forces, mais parce que nous sommes devenus participants de l’onction du Christ.
Dans quelques heures, lors de la messe chrismale, l’Église contemplera ce mystère. L’évêque consacrera les saintes huiles, et il soufflera sur le saint chrême. Ce geste est discret, presque fragile, et pourtant il est immense. Ce souffle, c’est le signe du Souffle de Dieu. C’est le rappel du Christ qui, sur la Croix, remet l’Esprit. C’est le rappel du Ressuscité qui souffle sur ses apôtres.
Le même Esprit, le même souffle, traverse l’histoire et vient aujourd’hui consacrer, guérir, fortifier, envoyer.
Et cette huile, marquée par le souffle, viendra toucher des corps. Elle marquera des fronts, des mains, des cœurs. Elle fera des baptisés des fils de Dieu, des confirmés des témoins, des prêtres des hommes configurés au Christ prêtre, prophète et roi.
Mais au fond, ce que Dieu veut, ce n’est pas simplement poser une huile sur nous. C’est faire de toute notre vie une onction. C’est que notre existence entière devienne christifiée, habitée, transfigurée.
Il veut guérir ce qui est brisé en nous, relever ce qui est abattu, consoler ce qui est en deuil. Il veut mettre en nous une huile de joie à la place de la tristesse, un habit de fête à la place d’un esprit accablé.
Être oint, c’est accepter de se laisser configurer. C’est consentir à ce que l’Esprit Saint imprime en nous les traits du Christ, jusque dans nos blessures, jusque dans nos résistances.
Alors notre vie devient mission. Alors nous devenons, à notre tour, présence du Christ dans le monde.
Demain, en regardant ce souffle posé sur l’huile, chacun peut entendre cet appel : ne pas rester extérieur, mais entrer dans cette transformation. Devenir vraiment chrétien, c’est devenir, peu à peu, un autre Christ.
Car là où l’onction est reçue en vérité, là où l’Esprit est accueilli, le Christ continue de vivre, d’agir et d’aimer dans le cœur de l’homme.
La Minute caté
1293 Dans le rite de ce sacrement, il convient de considérer le signe de l’onction et ce que l’onction désigne et imprime : le sceau spirituel.
L’onction, dans la symbolique biblique et antique, est riche de nombreuses significations : l’huile est signe d’abondance (cf. Dt 11, 14 etc.) et de joie (cf. Ps 23, 5 ; 104, 15), elle purifie (onction avant et après le bain) et elle rend souple (l’onction des athlètes et des lutteurs) ; elle est signe de guérison, puisqu’elle adoucit les contusions et les plaies (cf. Is 1, 6 ; Lc 10, 34) et elle rend rayonnant de beauté, de santé et de force.
1294 Toutes ces significations de l’onction d’huile se retrouvent dans la vie sacramentelle. L’onction avant le Baptême avec l’huile des catéchumènes signifie purification et fortification ; l’onction des malades exprime la guérison et le réconfort. L’onction du saint chrême après le Baptême, dans la Confirmation et dans l’Ordination, est le signe d’une consécration. Par la Confirmation, les chrétiens, c’est-à-dire ceux qui sont oints, participent davantage à la mission de Jésus-Christ et à la plénitude de l’Esprit Saint dont Il est comblé, afin que toute leur vie dégage " la bonne odeur du Christ " (cf. 2 Co 2, 15).
1295 Par cette onction, le confirmand reçoit " la marque ", le sceau de l’Esprit Saint. Le sceau est le symbole de la personne (cf. Gn 38, 18 ; Ct 8, 6), signe de son autorité (cf. Gn 41, 42), de sa propriété sur un objet (cf. Dt 32, 34) – c’est ainsi que l’on marquait les soldats du sceau de leur chef et aussi les esclaves de celui de leur maître – ; il authentifie un acte juridique (cf. 1 R 21, 8) ou un document (cf. Jr 32, 10) et le rend éventuellement secret (cf. Is 29, 11).
1296 Le Christ lui-même se déclare marqué du sceau de son Père (cf. Jn 6, 27). Le chrétien, lui aussi, est marqué d’un sceau : " Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu, Lui qui nous a marqués de son sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit " (2 Co 1, 22 ; cf. Ep 1, 13 ; 4,30). Ce sceau de l’Esprit Saint, marque l’appartenance totale au Christ, la mise à son service pour toujours, mais aussi la promesse de la protection divine dans la grande épreuve eschatologique (cf. Ap 7, 2-3 ; 9, 4 ; Ez 9, 4-6).
Pour approfondir :
Saint Cyrille de Jérusalem
Baptisés dans le Christ, et ayant revêtu le Christ, vous êtes devenus conformes au Fils de Dieu. Dieu, en effet, qui nous a prédestinés à l’adoption de fils, nous a rendus conformes au corps glorieux du Christ. Désormais donc participants du Christ, vous êtes à juste titre appelés « christs », et c’est de vous que Dieu disait : « Ne touchez pas mes christs ». Or, vous êtes devenus des christs, en recevant l’empreinte de l’Esprit-Saint, et tout s’est accompli sur vous en image, parce que vous êtes les images du Christ.
Pour lui, quand il se fut baigné dans le fleuve du Jourdain et qu’il eut communiqué aux eaux le contact de sa divinité, il remonta de celles-ci, et la venue substantielle de l’Esprit-Saint sur lui se produisit, le semblable se reposant sur le semblable. Et pour vous semblablement, une fois remontés de la piscine des saintes eaux, ce fut la chrismation, l’image exacte de celle dont fut chrismé le Christ. Je veux dire l’Esprit-Saint, duquel le bienheureux Isaïe aussi, prophétisant à son sujet, disait, parlant en la personne du Seigneur : « L’Esprit du Seigneur est sur moi : c’est pourquoi il m’a chrismé, il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres. »
Ce n’est pas en effet d’une huile ou d’un parfum matériels que le Christ a été chrismé par un homme ; mais c’est le Père qui, l’ayant désigné d’avance comme Sauveur de tout l’univers, l’a chrismé de l’Esprit-Saint, selon la parole de Pierre : « Jésus de Nazareth, que Dieu a chrismé de l’Esprit-Saint ». Et le prophète David s’écriait : « Ton trône, ô Dieu, est pour les siècles des siècles ; sceptre de droiture, le sceptre de ta royauté. Tu as aimé la justice et tu as haï l’iniquité ; c’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a chrismé de l’huile d’allégresse, comme nul de tes pairs. »
Le Christ vraiment fut crucifié et enseveli et ressuscita ; et vous, par le baptême, en image, vous êtes jugés dignes d’être crucifiés, ensevelis, et ressuscités avec lui. Il en va de même pour la chrismation. Le Christ a été chrismé de l’huile spirituelle d’allégresse, c’est-à-dire de l’Esprit-Saint, appelé huile d’allégresse, parce qu’il est l’auteur de l’allégresse spirituelle ; et vous, vous avez été chrismés de parfum, devenus compagnons et participants du Christ.
Mais veille à ne pas t’imaginer qu’il y ait là simple parfum. De même en effet que le pain de l’Eucharistie, après l’épiclèse de l’Esprit-Saint, n’est plus du simple pain, mais corps du Christ, de même aussi ce saint parfum n’est plus, avec l’épiclèse, un parfum pur et simple, ou pourrait-on dire commun ; il est don du Christ, devenu par la présence de l’Esprit-Saint efficace de sa divinité. C’est ce parfum dont symboliquement on te chrisme le front et les autres sens. De ce parfum visible le corps est chrismé, mais du saint et vivifiant Esprit l’âme est sanctifiée.
Et d’abord, vous êtes chrismés sur le front, afin d’être délivrés de la honte que le premier homme transgresseur portait partout, et pour que, la face découverte, vous réfléchissiez comme dans un miroir la gloire du Seigneur. Ensuite, sur les oreilles, pour recevoir des oreilles dont Isaïe disait : « Et le Seigneur m’a donné une oreille pour entendre », et le Seigneur dans les Évangiles : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ». Ensuite, sur les narines, afin qu’en recevant ce parfum divin, vous disiez : « Nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ, parmi ceux qui sont sauvés ». Après cela, sur la poitrine, afin qu’« ayant revêtu la cuirasse de justice, vous résistiez aux manœuvres du diable ». De même en effet que le Sauveur, après son baptême et la venue de l’Esprit-Saint, s’en alla combattre l’adversaire, de même vous aussi, après le saint baptême et la chrismation mystique, revêtus de la panoplie de l’Esprit-Saint, résistez à l’influence adverse, et combattez-la en disant : « Je puis tout en Celui qui me rend fort, le Christ ».
Une fois jugés dignes de cette sainte chrismation, vous êtes appelés chrétiens, vérifiant par votre renaissance jusqu’à votre nom. En effet, avant d’avoir été jugés dignes du baptême et de la grâce de l’Esprit-Saint, vous ne le méritiez pas exactement, mais vous faisiez route et alliez de l’avant pour être chrétiens.
Il est nécessaire que vous sachiez que de cette chrismation le symbole se trouve dans l’Ancienne Écriture. Et en effet, quand Moïse communiqua à son frère l’injonction de Dieu et l’établit grand-prêtre, après l’avoir baigné dans l’eau, il le chrisma, et celui-ci fut appelé christ, en vertu de cette chrismation évidemment figurative. De même, le grand-prêtre, en élevant Salomon à la royauté, le chrisma, après l’avoir fait se baigner à Gihon. Mais ces choses leur arrivaient en figure ; pour vous ce n’est pas figure, mais réalité, puisque c’est à Celui qui fut chrismé de l’Esprit-Saint que véritablement remonte le principe de votre salut.
C’est lui qui est vraiment les prémices, et vous la pâte ; que si les prémices sont saintes, il est évident que la sainteté passera à la pâte.
Gardez ce don sans souillure : il vous enseignera toutes choses, pourvu qu’il demeure en vous, comme vous avez entendu à l’instant le bienheureux Jean le dire, et donner de nombreuses explications sur la chrismation. Car ce don sacré est la sauvegarde spirituelle du corps et le salut de l’âme.
C’est ce que dès les temps antiques le bienheureux Isaïe prophétisait, disant : « Et le Seigneur opérera pour tous les peuples sur cette montagne », — par montagne il désigne l’Église, comme ailleurs, quand il dit par exemple : « Et dans les derniers jours sera visible la montagne du Seigneur » — : « ils boiront le vin, ils boiront l’allégresse, ils seront chrismés de parfum ». Et pour t’inviter à comprendre sans hésiter ce parfum dans un sens mystique, il dit : « Transmets tout cela aux nations, car le dessein du Seigneur regarde toutes les nations ».
Ainsi donc, chrismés de ce saint parfum, gardez-le sans tache et irréprochable en vous, progressant en bonnes œuvres, et cherchant à plaire à l’auteur de notre salut, le Christ Jésus, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles. Amen.