Carca'Carême: Mercredi Saint

Postée le 01/04/2026

Mardi Saint

Lecture du livre du prophète Isaïe

L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles,
guérir ceux qui ont le cœur brisé,
proclamer aux captifs leur délivrance,
aux prisonniers leur libération,
proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur,
et un jour de vengeance pour notre Dieu,
consoler tous ceux qui sont en deuil,
ceux qui sont en deuil dans Sion,
mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre,
l’huile de joie au lieu du deuil,
un habit de fête au lieu d’un esprit abattu.
Vous serez appelés « Prêtres du Seigneur » ;
on vous dira « Servants de notre Dieu ».
Loyalement, je vous donnerai la récompense,
je conclurai avec vous une alliance éternelle.
Vos descendants seront connus parmi les nations,
et votre postérité, au milieu des peuples.
Qui les verra pourra reconnaître
la descendance bénie du Seigneur.

Méditation

« Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples. »

Tout est là. Être disciple, ce n’est pas d’abord parler, c’est écouter. « Chaque matin, il éveille mon oreille. » Avant d’être envoyé, le disciple est éveillé. Avant de soutenir les autres, il est lui-même enseigné, façonné, travaillé intérieurement.

Le disciple missionnaire naît dans cette école du matin, dans cette fidélité discrète où Dieu ouvre l’oreille du cœur. Il apprend à recevoir avant de donner, à se laisser conduire avant de conduire.

Mais cette écoute engage toute la vie. « Je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. » Le disciple ne choisit pas seulement ce qui lui convient. Il entre dans une obéissance. Il accepte d’être conduit là où, humainement, il n’irait pas.

Et alors apparaît le cœur du mystère. « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient… je n’ai pas caché ma face devant les outrages. » Le disciple n’est pas simplement un auditeur, ni même un témoin extérieur. Il est configuré. Il entre dans le chemin même du Christ.

Et au cœur même de ce chemin, surgit une réalité plus troublante encore. Judas livre Jésus. Un des Douze. Un proche. Un disciple. Il n’est pas à l’extérieur du groupe, il est à l’intérieur. Et pourtant, il livre.

Ce mystère nous rejoint. Car il ne s’agit pas seulement de Judas. Il y a en chacun de nous cette possibilité de trahir, de négocier, de livrer le Christ pour autre chose. Une peur, un intérêt, une fatigue, un compromis.

Mais en face, il y a le Christ. Et lui ne fuit pas. Il ne se dérobe pas. Il se laisse livrer. Il entre librement dans ce qui lui est fait. Il assume jusqu’au bout. Là où Judas livre, le Christ s’offre.

C’est là que se joue la différence entre le disciple qui se ferme et le disciple qui se laisse configurer. L’un retient, calcule, se protège. L’autre consent, s’abandonne, se donne.

Car vivre la Semaine Sainte, ce n’est pas seulement se souvenir. C’est entrer. C’est se laisser façonner par ce que nous contemplons. C’est accepter que la Passion du Christ devienne peu à peu la forme de notre propre vie.

Le disciple missionnaire devient alors celui qui demeure, celui qui tient, celui qui ne fuit pas lorsque vient l’épreuve. Non par dureté, mais par confiance. « Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours. »

Cette parole change tout. Le disciple n’est pas seul. Il ne porte pas sa mission par ses propres forces. Il est soutenu, habité, justifié. « Il est proche, Celui qui me justifie. »

Alors, même au cœur des oppositions, même dans l’incompréhension, même dans les blessures, il peut avancer sans être confondu. Non pas parce qu’il est fort, mais parce que Dieu est proche.

En ces jours de la Semaine Sainte, la question devient intérieure. Suis-je dans l’écoute ou dans la fuite ? Dans le don ou dans la retenue ? Dans la fidélité ou dans le compromis ?

Car devenir disciple missionnaire, c’est entrer dans cette stature. Une vie éveillée par Dieu, une oreille ouverte, un cœur docile, une fidélité qui ne se dérobe pas. Et peu à peu, une existence qui prend la forme du Christ.

Un homme, une femme, qui écoute, qui reçoit, qui tient… et qui, jusque dans l’épreuve, apprend à ne plus livrer le Christ, mais à se livrer avec lui.

La Minute caté

2471 Devant Pilate le Christ proclame qu’il est " venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité " (Jn 18, 37). Le chrétien n’a pas à " rougir de rendre témoignage au Seigneur " (2 Tm 1, 8). Dans les situations qui demandent l’attestation de la foi, le chrétien doit la professer sans équivoque, à l’exemple de S. Paul en face de ses juges. Il lui faut garder " une conscience irréprochable devant Dieu et devant les hommes " (Ac 24, 16).

2472 Le devoir des chrétiens de prendre part à la vie de l’Église les pousse à agir comme témoins de l’Evangile et des obligations qui en découlent. Ce témoignage est transmission de la foi en paroles et en actes. Le témoignage est un acte de justice qui établit ou fait connaître la vérité (cf. Mt 18, 16) :

Tous les chrétiens, partout où ils vivent, sont tenus de manifester ... par l’exemple de leur vie et le témoignage de leur parole, l’homme nouveau qu’ils ont revêtu par le baptême, et la force du Saint-Esprit qui les a fortifiés au moyen de la confirmation (AG 11).

2473 Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoigne qui va jusqu’à la mort. Le martyr rend témoignage au Christ, mort et ressuscité, auquel il est uni par la charité. Il rend témoignage à la vérité de la foi et de la doctrine chrétienne. Il supporte la mort par un acte de force. " Laissez-moi devenir la pâture des bêtes. C’est par elles qu’il me sera donné d’arriver à Dieu " (Ignace d’Antioche, Rom. 4, 1).

2474 Avec le plus grand soin, l’Église a recueilli les souvenirs de ceux qui sont allés jusqu’au bout pour attester leur foi. Ce sont les actes des Martyrs. Ils constituent les archives de la Vérité écrites en lettres de sang :

Rien ne me servira des charmes du monde ni des royaumes de ce siècle. Il est meilleur pour moi de mourir [pour m’unir] au Christ Jésus, que de régner sur les extrémités de la terre. C’est Lui que je cherche, qui est mort pour nous ; Lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche .... (S. Ignace d’Antioche, Rom. 6, 1-2).

Je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d’être compté au nombre de tes martyrs ... Tu as gardé ta promesse, Dieu de la fidélité et de la vérité. Pour cette grâce et pour toute chose, je te loue, je te bénis, je te glorifie par l’éternel et céleste Grand Prêtre, Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé. Par lui, qui est avec Toi et l’Esprit, gloire te soit rendue, maintenant et dans les siècles à venir. Amen (S. Polycarpe, mart. 14, 2-3).

Pour approfondir :

Sermon 62 de Saint Léon le Grand

La fête de la Passion du Seigneur, très chers, que nous désirions et que le monde entier appelle de ses vœux, est maintenant présente. Elle ne nous permet pas de garder le silence au milieu de la joie spirituelle qui nous transporte. Car, même s’il est difficile de parler dignement et avec justesse d’un tel mystère, il n’est cependant pas permis au prêtre, en présence d’un si grand sacrement de la miséricorde divine, de priver les oreilles du peuple fidèle du ministère de la parole. Bien plus, la matière elle-même, du fait qu’elle est ineffable, donne la faculté de parler : et jamais ne peut manquer ce qu’il y a à dire de ce dont jamais on ne pourra dire assez.

Que donc la faiblesse humaine s’incline devant la gloire de Dieu et, dans l’explication des œuvres de sa miséricorde, qu’elle se reconnaisse toujours insuffisante. Efforçons-nous de comprendre, attachons-nous à penser, défaillons dans l’expression : il est bon que ce que nous saisissons, même correctement, de la majesté du Seigneur nous paraisse toujours trop peu. Car le prophète dit : « Cherchez le Seigneur et soyez affermis, cherchez sans cesse sa face » (Ps 104, 4). Nul ne doit donc présumer avoir trouvé tout ce qu’il cherche, de peur de cesser de s’approcher celui qui cesserait de progresser.

Or, parmi toutes les œuvres de Dieu qui fatiguent l’attention de l’admiration humaine, qu’est-ce qui réjouit et dépasse davantage la contemplation de notre esprit que la Passion du Sauveur ? Chaque fois que nous méditons, autant que nous le pouvons, sa toute-puissance, qui est une seule et même essence avec le Père, ce qui nous apparaît en Dieu comme le plus admirable, c’est moins la puissance que l’humilité ; et l’abaissement de la majesté divine est plus difficile à saisir que l’élévation de la condition servile. Mais ce qui nous aide grandement à comprendre, c’est que, bien que le Créateur soit autre que la créature, que la divinité inviolable soit autre que la chair passible, pourtant les propriétés de l’une et de l’autre nature concourent en une seule personne, de sorte que, soit dans les faiblesses, soit dans les miracles, c’est le même qui est humilié et glorifié.

Telle est la règle de foi, très chers, que nous avons reçue dès le commencement du Symbole par l’autorité de l’institution apostolique : nous confessons que notre Seigneur Jésus Christ, que nous proclamons Fils unique de Dieu le Père tout-puissant, est aussi né de l’Esprit Saint et de la Vierge Marie ; et nous ne nous séparons pas de sa majesté lorsque nous croyons qu’il a été crucifié, qu’il est mort et qu’il est ressuscité le troisième jour. Car tout ce qui est de Dieu et tout ce qui est de l’homme, l’humanité et la divinité l’ont accompli ensemble : de sorte que, si l’impassible est présent dans ce qui est passible, la puissance n’est pas atteinte par la faiblesse, ni la faiblesse surpassée par la puissance.

C’est à juste titre que le bienheureux apôtre Pierre fut loué pour cette confession de l’unité. En effet, lorsque le Seigneur demandait ce que les disciples pensaient de lui, Pierre, devançant tous les autres, dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Ce qu’il vit ne lui fut pas révélé par la chair ni par le sang, mais par l’Esprit du Père agissant dans le cœur du croyant. Ainsi, préparé à gouverner toute l’Église, il reconnut d’abord ce qu’il devait enseigner, et, en raison de la solidité de la foi qu’il devait prêcher, il entendit ces paroles : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ».

La force de la foi chrétienne, bâtie sur cette pierre inébranlable, ne craint donc pas les portes de la mort : elle confesse un seul Seigneur Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme ; elle croit que celui qui est né de la Vierge est l’auteur même de sa mère ; qu’il est né à la fin des temps, lui qui est le créateur du temps ; qu’il est le Seigneur de toutes les puissances et en même temps issu de la lignée des mortels ; qu’il est sans péché et qu’il a été immolé pour les pécheurs dans la ressemblance de la chair du péché.

Afin de délivrer le genre humain des liens mortels de la prévarication, le Christ a caché au diable la puissance de sa majesté et lui a opposé la faiblesse de notre humilité. Car si cet ennemi cruel et orgueilleux avait connu le dessein de la miséricorde divine, il aurait plutôt cherché à adoucir le cœur des Juifs qu’à les enflammer d’une haine injuste ; il n’aurait pas perdu la domination qu’il exerçait sur ses captifs en poursuivant la liberté de celui qui ne lui devait rien.

Ainsi sa propre malice l’a trompé : il a infligé un supplice au Fils de Dieu, qui est devenu pour tous les fils des hommes un remède. Il a versé le sang du Juste, qui, en réconciliant le monde, est devenu à la fois le prix et la coupe du salut. Le Seigneur a accepté ce qu’il avait choisi selon le dessein de sa volonté. Il a laissé les mains impies des furieux s’exercer contre lui : mais, en accomplissant leur crime, elles ont servi le Rédempteur.

Et la charité du Christ envers ses bourreaux fut si grande que, suspendu à la croix, il priait le Père non pour être vengé, mais pour qu’ils soient pardonnés : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Et telle fut la puissance de cette prière que la prédication de l’apôtre Pierre convertit beaucoup de ceux qui avaient dit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants » (Mt 27, 25) : en un seul jour, près de trois mille furent baptisés (Ac 2, 41), et tous avaient un seul cœur et une seule âme (Ac 4, 32), prêts désormais à mourir pour celui qu’ils avaient demandé de crucifier.

Mais à cette miséricorde, le traître Judas ne put parvenir. Car, fils de perdition, avec le diable à sa droite, il passa dans le désespoir avant que le Christ n’accomplît le sacrement de la rédemption universelle. En effet, alors que le Seigneur mourait pour tous les impies, lui aussi aurait pu obtenir le remède, s’il ne s’était pas hâté vers le lacet.

Mais, avec un cœur mauvais, livré tantôt aux fraudes du vol, tantôt à des transactions parricides, il n’avait jamais accueilli en lui les enseignements de la miséricorde du Sauveur. Il avait entendu les paroles du Seigneur : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Mt 9, 13) ; et : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10) ; mais il n’avait pas compris la douceur du Christ, qui guérissait non seulement les infirmités du corps, mais aussi les blessures des âmes, disant au paralytique : « Confiance, mon fils, tes péchés te sont remis » (Mt 9, 2), et à la femme adultère : « Moi non plus, je ne te condamne pas ; va, et désormais ne pèche plus » (Jn 8, 11). Ainsi montrait-il en toutes ses œuvres qu’il était venu comme Sauveur du monde, et non comme juge.

Mais le traître impie, étranger à cette intelligence, s’est retourné contre lui-même, non par un jugement de pénitence, mais par la fureur du désespoir : lui qui avait livré le Prince de la vie à ses meurtriers a encore aggravé sa damnation en péchant jusque dans sa mort.

Ainsi donc, ce que firent les faux témoins, les chefs cruels et les prêtres impies contre le Seigneur Jésus Christ, avec le concours d’un juge lâche et d’une troupe ignorante, doit être à la fois condamné par tous les siècles et embrassé par la foi. Car la croix du Seigneur, si elle fut cruelle dans l’intention des Juifs, est admirable dans la puissance du Crucifié. Le Christ se laisse déchaîner contre un seul peuple, et il fait miséricorde à tous. Ce que la violence inflige, la volonté l’assume, afin que la liberté du crime accomplisse l’œuvre du dessein éternel.

C’est pourquoi toute la suite des événements, telle que la raconte l’Évangile, doit être reçue par les fidèles de telle sorte que, sans diminuer la réalité des faits accomplis au temps de la Passion, nous comprenions que non seulement la rémission des péchés est accomplie dans le Christ, mais qu’un modèle de justice nous est aussi proposé.

Mais, pour traiter cela plus en détail avec l’aide du Seigneur, nous remettons la suite de ce discours au mercredi prochain. Que la grâce de Dieu, comme nous l’espérons, accomplisse ce qu’elle promet, par Jésus Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Amen.