Chers paroissiens,
quelle joie profonde a été la mienne de vivre avec vous ce Carca’Carême, jour après jour, dans cette marche vers la lumière pascale. Merci pour votre fidélité, votre prière et votre désir de Dieu. Que la joie du Christ ressuscité vienne illuminer vos cœurs, relever vos vies et fortifier votre espérance.
Je vous souhaite, de tout cœur, une très sainte et lumineuse fête de Pâques.
Père Ludovic Hernandez
Sequence de Pâques
À la Victime pascale,
chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié
l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins,
le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ
est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux,
prends-nous tous en pitié !
Amen.
Méditation
Chers frères et sœurs,
nous voici parvenus non pas à la fin, mais à l’accomplissement de ce chemin. Car ce que nous avons traversé n’était pas simplement une succession de jours, mais une montée intérieure, une lente configuration au mystère du Christ. Et voici que l’Église, dans sa sagesse antique, met sur nos lèvres ce chant : « À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange. » Elle ne nous demande pas d’abord de comprendre, mais d’entrer. D’entrer dans ce mouvement d’offrande où le Christ lui-même s’est livré, Agneau immolé et pourtant vivant, innocent et pourtant chargé de nos fautes, réconciliant en sa chair l’homme pécheur avec le Père.
Car ce qui s’est accompli en ces jours dépasse toute parole : « La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. » Qui pourrait dire ce combat ? Qui pourrait en mesurer la profondeur ? Le Maître de la vie a consenti à mourir, non pas comme vaincu, mais comme celui qui descend volontairement dans la nuit pour y déposer la lumière. Et voici que, du cœur même de la mort, surgit une vie que rien ne peut plus atteindre. Ce n’est pas une victoire éclatante aux yeux du monde, mais une victoire cachée, humble, déposée comme une semence dans la terre de notre humanité.
Alors l’Église interroge : « Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? » Non pas : qu’as-tu pensé, ni qu’as-tu élaboré, mais qu’as-tu vu ? Car la foi naît de la rencontre, et la mission naît du témoignage. Et Marie répond avec la simplicité de celle qui a été saisie : « J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité. » Elle ne démontre rien, elle atteste. Elle ne possède pas un savoir, elle porte une présence.
Et c’est ici, frères et sœurs, que ce chant ancien devient parole pour nous aujourd’hui. Car si nous avons été baptisés, si nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ, alors nous ne sommes plus seulement des auditeurs de ce mystère, mais ses porteurs. Le baptême n’est pas une marque extérieure, il est une onction intérieure, une configuration au Christ lui-même. Nous avons été faits participants de sa vie, introduits dans son offrande, rendus capables de vivre de sa propre charité. Ainsi, être chrétien, c’est déjà être envoyé ; être saisi par le Ressuscité, c’est déjà être missionnaire.
Car le Christ ne se garde pas. Celui qui est ressuscité précède toujours les siens : « Il vous précédera en Galilée. » Il est déjà à l’œuvre là où nous sommes envoyés, déjà présent dans les lieux les plus ordinaires de nos existences, déjà à l’œuvre dans les cœurs que nous rencontrons. Notre mission n’est pas de l’apporter comme s’il était absent, mais de reconnaître sa présence et d’en rendre témoignage.
Alors, au terme de ce Carême, une question demeure, simple et redoutable : qu’as-tu vu ? Qu’as-tu laissé le Christ accomplir en toi ? Quelle part de nuit a été visitée ? Quelle blessure a été touchée ? Quelle espérance a été relevée ? Car c’est cela que nous sommes appelés à annoncer, non pas une idée sur Dieu, mais l’œuvre de Dieu en nous.
« Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts. » Nous le savons, parce que déjà sa vie commence en nous comme une aurore. Et cette aurore nous envoie, non comme des maîtres, mais comme des témoins, non comme des savants, mais comme des vivants. Car le monde n’attend pas des discours, mais des existences transfigurées, des vies où la mort a été traversée, des cœurs où la lumière a commencé à régner.
Que le Roi victorieux nous prenne en pitié, et qu’il nous envoie. Car le monde n’attend pas des discours. Il attend des hommes et des femmes en qui la Résurrection a commencé.