Samedi de la 3ème semaine de Carême
Lecture du livre du prophète Osée
Venez, retournons vers le Seigneur !
il a blessé, mais il nous guérira ;
il a frappé, mais il nous soignera.
Après deux jours, il nous rendra la vie ;
il nous relèvera le troisième jour :
alors, nous vivrons devant sa face.
Efforçons-nous de connaître le Seigneur :
son lever est aussi sûr que l’aurore ;
il nous viendra comme la pluie,
l’ondée qui arrose la terre.
– Que ferai-je de toi, Éphraïm ?
Que ferai-je de toi, Juda ?
Votre fidélité, une brume du matin,
une rosée d’aurore qui s’en va.
Voilà pourquoi j’ai frappé par mes prophètes,
donné la mort par les paroles de ma bouche :
mon jugement jaillit comme la lumière.
Je veux la fidélité, non le sacrifice,
la connaissance de Dieu plus que les holocaustes.
Méditation
« Efforçons-nous de connaître le Seigneur : son lever est aussi sûr que l’aurore… Je veux la fidélité, non le sacrifice. »
Le prophète Osée nous rappelle que Dieu ne cherche pas d’abord des gestes extérieurs, mais un cœur fidèle. La vraie relation avec Dieu ne se mesure pas seulement par ce que nous faisons pour lui, mais par la vérité de notre amour.
La chasteté chrétienne appartient à cette fidélité du cœur.
Elle n’est pas d’abord une règle morale ou une simple maîtrise de soi. Elle est l’expression d’un amour ordonné, d’un cœur unifié qui veut aimer Dieu de tout son être. Être chaste, c’est apprendre à aimer d’un amour vrai, qui ne réduit jamais l’autre à un objet de désir mais le reconnaît comme une personne appelée à la communion avec Dieu.
La chasteté est donc une école de fidélité. Elle purifie le regard, elle purifie le cœur, elle purifie l’amour.
Mais Osée nous rappelle aussi combien notre fidélité peut être fragile : « Votre fidélité est comme la brume du matin, comme la rosée qui s’en va. » Nous faisons souvent l’expérience de cette inconstance : de bonnes résolutions, puis des chutes, des découragements, des combats intérieurs.
C’est justement dans ce combat que la chasteté prend tout son sens. Elle nous apprend la persévérance. Elle nous rappelle que le cœur humain est fait pour un amour plus grand que les plaisirs passagers.
Et Dieu ne se lasse pas de nous relever. « Son lever est aussi sûr que l’aurore. » Chaque jour, sa grâce revient comme une lumière nouvelle.
La chasteté chrétienne n’est donc pas un refus de l’amour. Elle est au contraire le chemin d’un amour plus pur, plus libre, plus fidèle.
Demandons aujourd’hui au Seigneur de purifier notre cœur, afin que notre amour devienne fidèle comme le sien. Car un cœur chaste est un cœur qui apprend peu à peu à aimer comme Dieu aime.
La Minute caté
2338 La personne chaste maintient l’intégrité des forces de vie et d’amour déposées en elle. Cette intégrité assure l’unité de la personne, elle s’oppose à tout comportement qui la blesserait. Elle ne tolère ni la double vie, ni le double langage (cf. Mt 5, 37).
2339 La chasteté comporte un apprentissage de la maîtrise de soi, qui est une pédagogie de la liberté humaine. L’alternative est claire : ou l’homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux (cf. Si 1, 22). " La dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. L’homme parvient à cette dignité lorsque, se délivrant de toute servitude des passions, par le choix libre du bien, il marche vers sa destinée et prend soin de s’en procurer réellement les moyens par son ingéniosité " (GS 17).
2340 Celui qui veut demeurer fidèle aux promesses de son Baptême et résister aux tentations veillera à en prendre les moyens : la connaissance de soi, la pratique d’une ascèse adaptée aux situations rencontrées, l’obéissance aux commandements divins, la mise en œuvre des vertus morales et la fidélité à la prière. "La chasteté nous recompose ; elle nous ramène à cette unité que nous avions perdue en nous éparpillant " (S. Augustin, conf. 10, 29).
2341 La vertu de chasteté est placée sous la mouvance de la vertu cardinale de tempérance, qui vise à imprégner de raison les passions et les appétits de la sensibilité humaine.
2342 La maîtrise de soi est une œuvre de longue haleine. Jamais on ne la considèrera comme acquise une fois pour toutes. Elle suppose un effort repris à tous les âges de la vie (cf. Tt 2, 1-6). L’effort requis peut être plus intense à certaines époques, ainsi lorsque se forme la personnalité, pendant l’enfance et l’adolescence.
2343 La chasteté connaît des lois de croissance qui passe par des degrés marqués par l’imperfection et trop souvent par le péché. " Jour après jour, l’homme vertueux et chaste se construit par des choix nombreux et libres. Ainsi, il connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d’une croissance " (FC 9).
2344 La chasteté représente une tâche éminemment personnelle, elle implique aussi un effort culturel, car il existe une " interdépendance entre l’essor de la personne et le développement de la société elle-même " (GS 25, § 1). La chasteté suppose le respect des droits de la personne, en particulier celui de recevoir une information et une éducation qui respectent les dimensions morales et spirituelles de la vie humaine.
2345 La chasteté est une vertu morale. Elle est aussi un don de Dieu, une grâce, un fruit de l’œuvre spirituelle (cf. Ga 5, 22). Le Saint-Esprit donne d’imiter la pureté du Christ (cf. 1 Jn 3, 3) à celui qu’a régénéré l’eau du Baptême.
Pour approfondir :
Sermon de saint Léon le Grand
On regarde comme une pratique raisonnable et en quelque façon religieuse de se produire aux jours de fête en un vêtement plus beau et de manifester par l’ornement du corps la joie de l’esprit ; alors aussi nous apportons un soin plus généreux à décorer la maison même de la prière d’une parure plus magnifique : n’est-il pas dès lors convenable que l’âme chrétienne, temple véritable et vivant de Dieu, se pare elle-même avec mesure, et, pour célébrer le mystère de sa rédemption, prenne jalousement garde qu’aucune tache d’injustice ne la ternisse, qu’aucune ride de duplicité ne la défigure ? À quoi bon, en effet, une recherche extérieure qui affiche les apparences de l’honorabilité, si l’intérieur de l’homme est souillé par l’infection de quelque vice ?
Tout ce qui ternit la pureté de l’âme et le miroir de l’esprit doit donc être soigneusement effacé et en quelque sorte gratté pour retrouver l’éclat premier. À chacun de scruter sa conscience et de se présenter soi-même devant soi pour un jugement personnel rigoureux. Qu’il voie si, dans le secret de son cœur, il trouve cette paix que donne le Christ, si le désir spirituel n’est combattu en lui par aucune convoitise charnelle, s’il ne méprise pas ce qui est humble, s’il ne désire pas les grandeurs, s’il ne se réjouit pas d’un profit injuste, s’il ne met pas sa satisfaction dans l’accroissement immodéré de ses richesses, si enfin le bonheur d’autrui ne le fait pas brûler d’envie ou le malheur d’un ennemi tressaillir de joie.
Aussi longtemps que nous sommes revêtus d’une chair mortelle, l’antique ennemi ne cesse pas de nous tendre partout les lacets du péché et de s’acharner contre les membres du Christ, alors surtout qu’ils ont à célébrer des mystères plus sacrés : c’est donc à bon droit que l’enseignement du Saint-Esprit a inculqué au peuple chrétien de se préparer à la fête pascale par une abstinence de quarante jours. La raison même de cette purification nous invite déjà à nous attacher à cette salutaire observance et nous indique quel soin apporter à l’ascèse proposée : car, plus saintement nous aurons passé ces jours, mieux nous aurons montré que nous honorons religieusement la Pâque du Seigneur.
