Lundi de la 4ème semaine de Carême
Lecture du livre du prophète Isaïe
Ainsi parle le Seigneur :
Oui, voici : je vais créer
un ciel nouveau et une terre nouvelle,
on ne se souviendra plus du passé,
il ne reviendra plus à l’esprit.
Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin
pour ce que je crée.
Car je vais recréer Jérusalem,
pour qu’elle soit exultation,
et que son peuple devienne joie.
J’exulterai en Jérusalem,
je trouverai ma joie dans mon peuple.
On n’y entendra plus de pleurs ni de cris.
Là, plus de nourrisson emporté en quelques jours,
ni d’homme qui ne parvienne au bout de sa vieillesse ;
le plus jeune mourra centenaire,
ne pas atteindre cent ans sera malédiction.
On bâtira des maisons, on y habitera ;
on plantera des vignes, on mangera leurs fruits.
Méditation
« Voici : je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle. »
Au cœur du Carême, lorsque nous arrivons à la mi-chemin, une fatigue peut apparaître. Les premiers élans sont passés, les efforts commencent à peser, et parfois nous avons l’impression que nos résolutions s’essoufflent.
Pourtant, l’Église vient de nous faire célébrer la mi-Carême, ce dimanche de Laetare, le dimanche de la joie. Une joie particulière nous est donnée : celle de voir déjà se rapprocher la lumière de Pâques. Comme lorsqu’on aperçoit enfin la sortie d’un tunnel, nous comprenons que le chemin est déjà bien avancé.
Mais voir la lumière ne signifie pas arrêter la marche.
Car si nous arrêtions maintenant nos efforts, nous risquerions de perdre le fruit même de ce Carême. La vie spirituelle ressemble au travail d’un jardin : ce que l’on a commencé à labourer, à purifier, à semer, doit être patiemment entretenu jusqu’au bout. Un effort interrompu peut devenir la cause d’une chute, et nous priver de goûter pleinement le fruit du travail accompli.
La parole du prophète Isaïe vient alors nous encourager :
« Je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle. »
Le Carême n’est pas seulement une série d’efforts humains. C’est surtout l’œuvre de Dieu en nous. Par la prière, le jeûne et la charité, Dieu travaille notre cœur comme un jardinier travaille sa terre.
Le jeûne, en particulier, nous apprend la persévérance. Il nous rappelle que la vie spirituelle ne se construit pas seulement dans l’enthousiasme du début, mais dans la fidélité des jours ordinaires : continuer malgré la fatigue, malgré la sécheresse, malgré la tentation d’abandonner.
La mi-Carême est donc un moment d’encouragement. Nous voyons la lumière de Pâques approcher, mais il nous reste encore à marcher. Et si nous persévérons jusqu’au bout, nous pourrons goûter la joie profonde du travail accompli : celle d’un cœur renouvelé, d’un jardin intérieur purifié, et d’une vie transformée par la grâce.
Car derrière l’effort du Carême se cache toujours une promesse :
Dieu est déjà en train de faire en nous une création nouvelle.
La Minute caté
Ne nous soumets pas à la tentation
2846 Cette demande atteint la racine de la précédente, car nos péchés sont les fruits du consentement à la tentation. Nous demandons à notre Père de ne pas nous y " soumettre ". Traduire en un seul mot le terme grec est difficile : il signifie " ne permets pas d’entrer dans " (cf. Mt 26, 41), " ne nous laisse pas succomber à la tentation ". " Dieu n’éprouve pas le mal, il n’éprouve non plus personne " (Jc 1, 13), il veut au contraire nous en libérer. Nous lui demandons de ne pas nous laisser prendre le chemin qui conduit au péché. Nous sommes engagés dans le combat " entre la chair et l’Esprit ". Cette demande implore l’Esprit de discernement et de force.
2847 L’Esprit Saint nous fait discerner entre l’épreuve, nécessaire à la croissance de l’homme intérieur (cf. Lc 8, 13-15 ; Ac 14, 22 ; 2 Tm 3, 12) en vue d’une " vertu éprouvée " (Rm 5, 3-5), et la tentation, qui conduit au péché et à la mort (cf. Jc 1, 14-15). Nous devons aussi discerner entre " être tenté " et " consentir " à la tentation. Enfin, le discernement démasque le mensonge de la tentation : apparemment, son objet est " bon, séduisant à voir, désirable " (Gn 3, 6), alors que, en réalité, son fruit est la mort.
Dieu ne veut pas imposer le bien, il veut des être libres ... A quelque chose tentation est bonne. Tous, sauf Dieu, ignorent ce que notre âme a reçu de Dieu, même nous. Mais la tentation le manifeste, pour nous apprendre à nous connaître, et par là, nous découvrir notre misère, et nous obliger à rendre grâce pour les biens que la tentation nous a manifestés (Origène, or. 29).
2848 " Ne pas entrer dans la tentation " implique une décision du cœur : " Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ... Nul ne peut servir deux maîtres " (Mt 6, 21. 24). " Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir " (Ga 5, 25). Dans ce " consentement " à l’Esprit Saint le Père nous donne la force. " Aucune tentation ne vous est survenue, qui passât la mesure humaine. Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter " (1 Co 10, 13).
2849 Or un tel combat et une telle victoire ne sont possibles que dans la prière. C’est par sa prière que Jésus est vainqueur du Tentateur, dès le début (cf. Mt 4, 1-11) et dans l’ultime combat de son agonie (cf. Mt 26, 36-44). C’est à son combat et à son agonie que le Christ nous unit dans cette demande à notre Père. La vigilance du cœur est rappelée avec insistance (cf. Mc 13, 9. 23. 33-37 ; 14, 38 ; Lc 12, 35-40) en communion à la sienne. La vigilance est " garde du cœur " et Jésus demande au Père de " nous garder en son Nom " (Jn 17, 11). L’Esprit Saint cherche à nous éveiller sans cesse à cette vigilance (cf. 1 Co 16, 13 ; Col 4, 2 ; 1 Th 5, 6 ; 1 P 5, 8). Cette demande prend tout son sens dramatique par rapport à la tentation finale de notre combat sur terre ; elle demande la persévérance finale. " Je viens comme un voleur : heureux celui qui veille ! " (Ap 16, 15).
Pour approfondir :
Homélie de saint Jean Chrysostome sur l’évangile de Jean
Il y avait un officier royal dont le fils était malade à Capharnaüm. Ayant appris que Jésus arrivait de Judée en Galilée, il alla le trouver pour lui demander de descendre guérir son fils. Jésus dit : Va, ton fils est vivant. Il crut à sa parole et il partit.
Quelle est donc ici l’intention de Jésus ? Fait-il l’éloge des Samaritains qui ont cru sans miracles, ou inflige-t-il un blâme à Capharnaüm, cette ville qui passait pour sa patrie ? Car chez Luc, un autre ayant dit : Je crois, Seigneur, viens en aide à mon manque de foi, Jésus tient le même langage. Celui-ci donc croyait, mais sa foi n’était pas entière et parfaite : la preuve en est dans sa question touchant l’heure à laquelle la fièvre avait quitté son fils.
En effet, il voulait dire : Est-ce d’elle-même ou bien en vertu du commandement du Christ que la fièvre s’est retirée ? Dès qu’il sut qu’elle avait disparu la veille, à la septième heure, il crut, lui et toute sa maison. N’est-il pas évident qu’il a cru non sur la parole du Christ, mais sur la déclaration de ses serviteurs ?
Le Seigneur dénonça donc les dispositions dans lesquelles il était venu ; de cette manière, il l’engageait à croire davantage : avant le miracle, en effet, il ne croyait pas encore tout à fait. Considère, je te prie, combien les paroles mêmes de cet homme le montrent peu assuré : Descends, dit-il, avant que ne meure mon fils. Comme si Jésus était dans l’impuissance de le rappeler à la vie et comme s’il ne connaissait pas l’état de l’enfant !
C’est pourquoi Jésus le reprend et critique ses pensées intimes, lui donnant à entendre qu’il opère des miracles principalement en vue des âmes. Ici, en effet, Jésus s’occupe à guérir autant la maladie dont souffre le père en son âme, que celle dont souffre le fils. Il nous enseigne par là qu’il faut porter notre attention moins sur les miracles que sur sa doctrine.
En définitive, que nous apprend ceci ? Qu’il ne faut pas attendre des miracles, ni exiger des preuves de la puissance divine. En effet, je connais actuellement beaucoup de gens qui ont manifesté une plus grande piété envers Dieu après avoir obtenu quelque soulagement en faveur de leur fils ou de leur épouse malades. Or même si nous ne sommes pas exaucés, il est juste de persévérer dans l’action de grâces et la louange. C’est, en effet, le propre des serviteurs fidèles, c’est le propre de ceux qui préfèrent et aiment le Seigneur, d’accourir vers lui dans les épreuves comme dans la prospérité. Quiconque ne sert le Seigneur que dans la prospérité ne donne pas la preuve d’un grand amour et il n’aime pas le Christ sans réserve.
