Vendredi de la 4ème semaine de Carême
Lecture du livre de la Sagesse
Les impies ne sont pas dans la vérité
lorsqu’ils raisonnent ainsi en eux-mêmes :
« Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie,
il s’oppose à nos entreprises,
il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu,
et nous accuse d’infidélités à notre éducation.
Il prétend posséder la connaissance de Dieu,
et se nomme lui-même enfant du Seigneur.
Il est un démenti pour nos idées,
sa seule présence nous pèse ;
car il mène une vie en dehors du commun,
sa conduite est étrange.
Il nous tient pour des gens douteux,
se détourne de nos chemins comme de la boue.
Il proclame heureux le sort final des justes
et se vante d’avoir Dieu pour père.
Voyons si ses paroles sont vraies,
regardons comment il en sortira.
Si le juste est fils de Dieu,
Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires.
Soumettons-le à des outrages et à des tourments ;
nous saurons ce que vaut sa douceur,
nous éprouverons sa patience.
Condamnons-le à une mort infâme,
puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. »
C’est ainsi que raisonnent ces gens-là, mais ils s’égarent ;
leur méchanceté les a rendus aveugles.
Ils ne connaissent pas les secrets de Dieu,
ils n’espèrent pas que la sainteté puisse être récompensée,
ils n’estiment pas qu’une âme irréprochable puisse être glorifiée.
Méditation
« Attirons le juste dans un piège… »
Ce texte du livre de la Sagesse semble parler d’aujourd’hui.
Il décrit ce que le Christ va vivre.
Et, à sa suite, ce que tout chrétien rencontre tôt ou tard.
Pourquoi le juste dérange-t-il ?
Non pas seulement à cause de ce qu’il dit,
mais à cause de ce qu’il est.
« Sa seule présence nous pèse. »
Il y a, dans la vie du chrétien, quelque chose qui interroge.
Une manière de vivre, de choisir, d’aimer,
qui ne suit pas toujours le courant.
Et cela met mal à l’aise.
Non pas parce que le chrétien est meilleur,
mais parce que sa vie renvoie à une autre lumière.
Elle rappelle, souvent sans paroles,
qu’il existe une vérité plus grande que nous,
un bien qui ne se décide pas,
une vie qui ne se fabrique pas.
Alors le monde résiste.
Parfois doucement, par le silence ou l’ironie.
Parfois plus durement, par le rejet ou l’opposition.
« Éprouvons sa patience… »
C’est déjà la Passion du Christ qui se dessine.
Et c’est aussi notre chemin.
Car aujourd’hui encore, il existe une pression discrète mais réelle :
celle de rendre la foi invisible,
de l’adoucir, de la transformer,
pour qu’elle ne dérange plus personne.
Mais une foi qui ne dérange plus…
est-ce encore une foi vivante ?
Face à cela, l’Écriture nous donne une réponse inattendue :
« Nous saurons ce que vaut sa douceur. »
La force du chrétien n’est pas de s’imposer,
mais de demeurer.
Demeurer dans la vérité,
demeurer dans la paix,
demeurer dans une douceur qui ne cède pas.
Une douceur forte,
qui ne renonce ni à la vérité, ni à l’amour.
C’est là que commence le martyre.
Le martyre, ce n’est pas d’abord mourir.
C’est rester fidèle quand cela coûte.
C’est accepter de ne pas être compris.
C’est refuser de trahir ce que l’on a reçu.
C’est choisir le don de soi plutôt que le repli sur soi.
Alors, en ce Carême, la question est simple :
Est-ce que ma foi est visible dans ma vie ?
Est-ce qu’elle transforme mes choix, mes paroles, mes relations ?
Ou bien est-elle devenue silencieuse… au point de ne plus déranger personne ?
Car le Christ n’a pas été rejeté parce qu’il parlait fort,
mais parce qu’il était la Vérité.
Et pourtant, au cœur de ce combat, il y a une promesse :
« Dieu l’assistera. »
Le chrétien n’est jamais seul.
Même dans l’épreuve, il est porté.
Même dans le rejet, il est aimé.
Même dans le don, il est déjà dans la vie.
Car donner sa vie, même en silence,
c’est déjà entrer dans la lumière de Dieu.
La Minute caté
2471 Devant Pilate le Christ proclame qu’il est " venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité " (Jn 18, 37). Le chrétien n’a pas à " rougir de rendre témoignage au Seigneur " (2 Tm 1, 8). Dans les situations qui demandent l’attestation de la foi, le chrétien doit la professer sans équivoque, à l’exemple de S. Paul en face de ses juges. Il lui faut garder " une conscience irréprochable devant Dieu et devant les hommes " (Ac 24, 16).
2472 Le devoir des chrétiens de prendre part à la vie de l’Église les pousse à agir comme témoins de l’Evangile et des obligations qui en découlent. Ce témoignage est transmission de la foi en paroles et en actes. Le témoignage est un acte de justice qui établit ou fait connaître la vérité (cf. Mt 18, 16) :
Tous les chrétiens, partout où ils vivent, sont tenus de manifester ... par l’exemple de leur vie et le témoignage de leur parole, l’homme nouveau qu’ils ont revêtu par le baptême, et la force du Saint-Esprit qui les a fortifiés au moyen de la confirmation (AG 11).
2473 Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoigne qui va jusqu’à la mort. Le martyr rend témoignage au Christ, mort et ressuscité, auquel il est uni par la charité. Il rend témoignage à la vérité de la foi et de la doctrine chrétienne. Il supporte la mort par un acte de force. " Laissez-moi devenir la pâture des bêtes. C’est par elles qu’il me sera donné d’arriver à Dieu " (Ignace d’Antioche, Rom. 4, 1).
2474 Avec le plus grand soin, l’Église a recueilli les souvenirs de ceux qui sont allés jusqu’au bout pour attester leur foi. Ce sont les actes des Martyrs. Ils constituent les archives de la Vérité écrites en lettres de sang :
Rien ne me servira des charmes du monde ni des royaumes de ce siècle. Il est meilleur pour moi de mourir [pour m’unir] au Christ Jésus, que de régner sur les extrémités de la terre. C’est Lui que je cherche, qui est mort pour nous ; Lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche .... (S. Ignace d’Antioche, Rom. 6, 1-2).
Je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d’être compté au nombre de tes martyrs ... Tu as gardé ta promesse, Dieu de la fidélité et de la vérité. Pour cette grâce et pour toute chose, je te loue, je te bénis, je te glorifie par l’éternel et céleste Grand Prêtre, Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé. Par lui, qui est avec Toi et l’Esprit, gloire te soit rendue, maintenant et dans les siècles à venir. Amen (S. Polycarpe, mart. 14, 2-3).
Pour approfondir :
Sermon de Rathier de Vérone
Comment pourrions-nous garder le silence, au souvenir d’un miracle plus étonnant que tous les miracles, à considérer la seule humanité : un homme, avec la masse corporelle d’un homme parfait, sous les yeux de témoins convenables, s’élève tout en parlant ; une nuée le reçoit, les anges affirment qu’il doit revenir de la même manière pour juger tous les vivants et tous les morts qu’il aura laissés ici-bas depuis le commencement jusqu’à la fin des siècles ? Qui pourrait exprimer ces réalités d’une manière louable, ou les louer d’une manière exprimable ?
En effet, nous cessons de nous étonner, si nous considérons que c’est Dieu qui soutient cette humanité à l’intérieur de laquelle il demeure, qu’il a assumée de nous, pour nous. Si nous le pouvions, nous devrions uniquement rendre de dignes actions de grâces à sa miséricorde. Quant à ses autres attributs, nous les publions mieux par le silence que par la parole, car ils sont ineffables. Dirigeons seulement l’hommage de nos lèvres vers la promesse de sa clémence inexprimable, que nous venons d’entendre dans l’évangile : Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé.
Tout le monde s’écrie : « Nous rendons grâces à Dieu » ; car nous croyons et nous avons été baptisés au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. C’est ce que nous disons tous, tous nous espérons être sauvés par ce sacrement, nous croyons et nous confessons en toute vérité que, sans lui, nul ne peut être sauvé.
Mais de qui parle Pierre, qui avait entendu ces paroles ? Pierre, dis-je, qui avait entendu en même temps que les autres, mais à un titre tout particulier : Allez dans le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création.
S’il en est ainsi, dis-je, à qui pense l’Apôtre, quand il avoue : Il aurait mieux valu pour eux ne pas connaître la voie de la vérité que de revenir en arrière après l’avoir connue ? Nous pouvons le conjecturer sans risque d’erreur ; écoutons la pensée de l’apôtre Jacques au sujet de leurs convictions : La foi sans les œuvres est morte en elle-même ; et encore : Ils affirment qu’ils connaissent Dieu et le renient par leurs actes. Ces hommes, ce sont assurément ceux qui détruisent par leur conduite la foi qu’ils professent par leurs paroles.
