Mardi de la 5ème semaine de Carême
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là,
Jésus disait aux Pharisiens :
« Je m’en vais ;
vous me chercherez,
et vous mourrez dans votre péché.
Là où moi je vais,
vous ne pouvez pas aller. »
Les Juifs disaient :
« Veut-il donc se donner la mort,
puisqu’il dit :
“Là où moi je vais,
vous ne pouvez pas aller” ? »
Il leur répondit :
« Vous, vous êtes d’en bas ;
moi, je suis d’en haut.
Vous, vous êtes de ce monde ;
moi, je ne suis pas de ce monde.
C’est pourquoi je vous ai dit
que vous mourrez dans vos péchés.
En effet, si vous ne croyez pas que moi, JE SUIS,
vous mourrez dans vos péchés. »
Alors, ils lui demandaient :
« Toi, qui es-tu ? »
Jésus leur répondit :
« Je n’ai pas cessé de vous le dire.
À votre sujet, j’ai beaucoup à dire
et à juger.
D’ailleurs Celui qui m’a envoyé dit la vérité,
et ce que j’ai entendu de lui,
je le dis pour le monde. »
Ils ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père.
Jésus leur déclara :
« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme,
alors vous comprendrez que moi, JE SUIS,
et que je ne fais rien de moi-même ;
ce que je dis là,
je le dis comme le Père me l’a enseigné.
Celui qui m’a envoyé est avec moi ;
il ne m’a pas laissé seul,
parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. »
Sur ces paroles de Jésus,
beaucoup crurent en lui.
Méditation
« Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable… »
Le peuple d’Israël traverse le désert…
mais il oublie.
Il oublie qu’il a été libéré.
Il oublie qu’il est conduit.
Il oublie que Dieu est là.
Alors le cœur se ferme,
et la plainte remplace la louange.
Et c’est peut-être là le premier combat spirituel.
Car entre la plainte et la louange,
il n’y a pas seulement une différence de mots…
il y a une différence de regard.
La plainte regarde ce qui manque.
La louange regarde Celui qui donne.
Le peuple voit le désert,
mais il ne voit plus la présence de Dieu.
Alors viennent les serpents,
comme une image brûlante de ce qui ronge déjà le cœur :
le découragement, l’amertume, la révolte.
Mais Dieu ne répond pas d’abord par une explication.
Il donne un signe.
« Qu’ils regardent… et ils vivront. »
Regarder.
Tout est là.
Ce geste est déjà une louange.
Car louer Dieu, ce n’est pas d’abord chanter ou lever les mains…
C’est orienter son regard.
C’est choisir, au cœur même de l’épreuve,
de regarder vers Lui.
Alors oui, comme nous disons dans l’antienne d’ouverture des Laudes : les yeux fixés sur Jésus Christ, entrons dans le combat de Dieu.
Un combat qui n’est pas celui de la force,
mais celui de la foi.
Un combat qui ne consiste pas à dominer,
mais à tenir, à espérer, à aimer.
Et ce signe mystérieux du serpent élevé
annonce déjà la Croix.
« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme… alors vous comprendrez. »
La vraie lumière n’est pas dans l’absence de souffrance,
mais dans la présence de Dieu au cœur même de la souffrance.
La Croix devient le lieu suprême de la louange.
Non pas une louange qui naît de la facilité,
mais une louange arrachée au cœur, offerte dans la nuit.
Jésus, élevé sur la Croix,
ne récrimine pas,
ne se ferme pas,
mais s’abandonne totalement au Père.
Il est la louange parfaite.
Et nous ?
Souvent, comme le peuple,
nous oscillons entre confiance et murmure,
entre foi et lassitude.
Mais le Carême nous apprend une chose simple et décisive :
relever les yeux.
Regarder vers le Christ.
Même quand le désert est là.
Même quand le cœur est fatigué.
Même quand la prière semble pauvre.
Alors, peu à peu, quelque chose change.
Le cri devient prière :
« Seigneur, entends ma prière… »
Et la prière devient louange.
Non pas parce que tout va bien,
mais parce que Dieu est fidèle.
« Le peuple à nouveau créé chantera son Dieu. »
La louange recrée le cœur.
Elle nous fait passer
du murmure à la confiance,
de la peur à la foi,
de la mort à la vie.
Aujourd’hui, le Seigneur nous invite simplement à cela :
lever les yeux…
et apprendre à louer.
La Minute caté
2639 La louange est la forme de prière qui reconnaît le plus immédiatement que Dieu est Dieu ! Elle le chante pour Lui-même, elle lui rend gloire, au-delà de ce qu’il fait, parce qu’IL EST. Elle participe à la béatitude des cœurs purs qui l’aiment dans la foi avant de le voir dans la Gloire. Par elle, l’Esprit se joint à notre esprit pour témoigner que nous sommes enfants de Dieu (cf. Rm 8, 16), il rend témoignage au Fils unique en qui nous sommes adoptés et par qui nous glorifions le Père. La louange intègre les autres formes de prière et les porte vers Celui qui en est la source et le terme : " le seul Dieu, le Père, de qui tout vient et pour qui nous sommes faits " (1 Co 8, 6).
2640 S. Luc mentionne souvent dans son Evangile l’émerveillement et la louange devant les merveilles du Christ, les souligne aussi pour les actions de l’Esprit Saint que sont les Actes des Apôtres : la communauté de Jérusalem (cf. Ac 2, 47), l’impotent guéri par Pierre et Jean (cf. Ac 3, 9), la foule qui en glorifie Dieu (cf. Ac 4, 21), et les païens de Pisidie qui " tout joyeux, glorifient la Parole du Seigneur " (Ac 13, 48).
2641 " Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur " (Ep 5, 19 ; Col 3, 16). Comme les écrivains inspirés du Nouveau Testament, les premières communautés chrétiennes relisent le livre des Psaumes en y chantant le Mystère du Christ. Dans la nouveauté de l’Esprit, elles composent aussi des hymnes et des cantiques à partir de l’Evénement inouï que Dieu a accompli en son Fils : son Incarnation, sa Mort victorieuse de la mort, sa Résurrection et son Ascension à sa droite (cf. Ph 2, 6-11 ; Col 1, 15-20 ; Ep 5, 14 ; 1 Tm 3, 16 ; 6, 15-16 ; 2 Tm 2, 11-13). C’est de cette " merveille " de toute l’Economie du salut que monte la doxologie, la louange de Dieu (cf. Ep 1, 3-14 ; Rm 16, 25-27 ; Ep 3, 20-21 ; Jude 24-25).
2642 La Révélation " de ce qui doit arriver bientôt ", l’Apocalypse, est portée par les cantiques de la Liturgie céleste (cf. Ap 4, 8-11 ; 5, 9-14 ; 7, 10-12) mais aussi par l’intercession des " témoins " (martyrs : Ap 6, 10). Les prophètes et les saints, tous ceux qui furent égorgés sur la terre pour le témoignage de Jésus (cf. Ap 18, 24), la foule immense de ceux qui, venus de la grande tribulation, nous ont précédés dans le Royaume, chantent la louange de gloire de Celui qui siège sur le Trône et de l’Agneau (cf. Ap 19, 1-8). En communion avec eux, l’Église de la terre chante aussi ces cantiques, dans la foi et l’épreuve. La foi, dans la demande et l’intercession, espère contre toute espérance et rend grâce au " Père des lumières de qui descend tout don excellent " (Jc 1, 17). La foi est ainsi une pure louange.
2643 L’Eucharistie contient et exprime toutes les formes de prière : elle est " l’offrande pure " de tout le Corps du Christ " à la gloire de son Nom " (cf. Ml 1, 11) ; elle est, selon les traditions d’Orient et d’Occident, " le sacrifice de louange ".
Pour approfondir :
Sermon de Jean Tauler
Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai toutes choses à moi. Puisque c’est par cette croix, sur laquelle notre Seigneur devait être élevé, qu’il attire à lui, c’est par l’humilité, la patience et l’amour qu’il devrait attirer tous les hommes ; car comme lui a souffert, ainsi devrions-nous le suivre dans la mesure de nos forces, en nous laissant capturer et ligoter d’une manière spirituelle. Notre Seigneur vint s’étendre sur la croix dans un dénuement si complet qu’il ne lui restait pas un fil sur le corps, et l’on joua ses vêtements devant lui, sous ses yeux. Aussi vrai que Dieu est vivant, sois bien sûr de ceci : si tu veux parvenir à la perfection, il te faudra si bien te dépouiller de tout ce qui n’est pas Dieu, que tu n’en gardes pas le moindre brin ; et il faut que tout cela soit perdu au jeu et anéanti, et que ce jeu devienne un objet de raillerie pour les autres gens et soit considéré par eux comme bêtise et folie.
Il ne peut en être autrement, quoi qu’on fasse ; l’homme doit porter une croix, du moment qu’il désire devenir un homme bon et parvenir à Dieu. Il faut qu’il soit chargé d’une croix quelconque ; s’il se dérobe à l’une, il lui en échoira une autre. Fuis où tu veux, fais ce que tu veux : c’est l’inéluctable, c’est le vrai. Il pourra se faire pourtant que Dieu, pendant un temps, place sous ta croix ses épaules pour l’alléger là où elle pèse le plus ; qu’il te donne des sentiments et des goûts ; qu’il dissimule le poids de ton fardeau. Alors l’homme ressent une telle joie, tout lui devient si léger, si facile, qu’il n’a plus conscience d’aucune souffrance, ni présente, ni passée, oubliant sur-le-champ toute douleur et tout mal.
Mais bientôt Dieu retire ses épaules, et le fardeau retrouve son amertume première, sa pesanteur insupportable. Ce fardeau, le Christ l’a porté sous sa forme la plus pénible et de la façon la plus douloureuse ; et, après lui, l’ont porté tous ceux qui ont été ses amis les plus chers. Puissions-nous être attirés de telle sorte par la sainte croix que nous portions tous notre croix avec amour et allégresse.
