Carca'Carême: Vendredi de la 5ème semaine de Carême

Postée le 27/03/2026

Vendredi de la 5ème semaine de Carême

Psaume 18

Je t’aime, Seigneur, ma force :
Seigneur, mon roc, ma forteresse,
Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !

Louange à Dieu !
Quand je fais appel au Seigneur,
je suis sauvé de tous mes ennemis.

Les liens de la mort m’entouraient,
le torrent fatal m’emportait ;
des liens infernaux m’étreignaient :
j’étais pris aux pièges de la mort.

Dans mon angoisse, j’appelai le Seigneur ;
vers mon Dieu, je lançai un cri ;
de son temple il entend ma voix :
mon cri parvient à ses oreilles.

Méditation

« Dans mon angoisse, j’appelai le Seigneur ; il entend ma voix. »

Le matin commence souvent dans une certaine paix…
mais parfois aussi dans une fatigue, une inquiétude, un poids déjà présent.

Et la Parole de Dieu ne nie rien de cela.

Elle commence par la vérité :
« Dans mon angoisse… »

L’oraison du matin n’est pas réservée aux moments où tout va bien.
Elle est ce lieu où je viens tel que je suis.

Car il y a en nous des liens :
liens d’inquiétude, de fatigue, de dispersion,
parfois même une forme de sécheresse.

Et pourtant…

« J’appelai le Seigneur. »

C’est là que tout commence.

Non pas dans des expériences extraordinaires,
mais dans une fidélité simple.

Comme le disait le témoignage :
Dieu ne parle pas toujours dans quelque chose d’éclatant.
Il parle souvent dans le silence,
dans cette demi-heure donnée le matin,
où, parfois, il ne se passe rien.

Et pourtant, tout se joue là.

Car ce temps d’oraison est un temps de cœur à cœur.
Un temps où je me rends disponible,
où je laisse Dieu me parler… même dans le silence.

« De son temple, il entend ma voix. »

Oui… car son temple, ce n’est pas seulement un lieu extérieur.
Son temple, c’est aussi mon cœur, c’est mon corps.

Depuis le jour de mon baptême,
je suis devenu temple de l’Esprit Saint.

Et c’est là, dans ce sanctuaire intérieur,
que Dieu écoute.

Même quand je ne ressens rien,
Dieu agit.

Et peu à peu, ce temps du matin transforme la journée.

Sans cette écoute, je pourrais passer à côté.
Mais avec ce temps donné à Dieu,
je deviens attentif.

Alors Dieu se manifeste autrement :

dans une rencontre,
dans une parole,
dans une lumière intérieure,
dans un événement simple.

Le Seigneur n’est pas absent.
Il est discret.

Et l’oraison du matin ouvre les yeux du cœur.

Alors, même dans l’angoisse, quelque chose bascule :

« Seigneur, mon roc, ma forteresse… »

La prière devient appui.
Le cri devient confiance.
Et la confiance devient louange.

Non pas une louange facile,
mais une louange fidèle, enracinée dans la vie.

Comme le rappelait sainte Thérèse :
Dieu n’a pas besoin d’abord de nos actions,
mais de notre amour.

Et cet amour commence ici :

dans ce temps donné,
dans ce silence accepté,
dans cette fidélité quotidienne.

Alors ce matin, simplement :

entre dans ce cœur à cœur.
Même si tu ne ressens rien.
Même si c’est pauvre.

Appelle.

Et laisse Dieu faire le reste…
tout au long de ta journée.

La Minute caté

2709 Qu’est-ce que l’oraison ? Ste. Thérèse répond : " L’oraison mentale n’est, à mon avis, qu’un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé " (vida 8).

L’oraison cherche " celui que mon cœur aime " (Ct 1, 7 ; cf. Ct 3, 1-4). C’est Jésus, et en lui, le Père. Il est cherché, parce que le désirer est toujours le commencement de l’amour, et il est cherché dans la foi pure, cette foi qui nous fait naître de lui et vivre en lui. On peut méditer encore dans l’oraison, toutefois le regard porte sur le Seigneur.

2711 L’entrée en oraison est analogue à celle de la Liturgie eucharistique : " rassembler " le cœur, recueillir tout notre être sous la mouvance de l’Esprit Saint, habiter la demeure du Seigneur que nous sommes, éveiller la foi pour entrer en la Présence de Celui qui nous attend, faire tomber nos masques et retourner notre cœur vers le Seigneur qui nous aime afin de nous remettre à Lui comme une offrande à purifier et à transformer.

2712 L’oraison est la prière de l’enfant de Dieu, du pécheur pardonné qui consent à accueillir l’amour dont il est aimé et qui veut y répondre en aimant plus encore (cf. Lc 7, 36-50 ; 19, 1-10). Mais il sait que son amour en retour est celui que l’Esprit répand dans son cœur, car tout est grâce de la part de Dieu. L’oraison est la remise humble et pauvre à la volonté aimante du Père en union de plus en plus profonde à son Fils bien-aimé.

2713 Ainsi l’oraison est-elle l’expression la plus simple du mystère de la prière. L’oraison est un don, une grâce ; elle ne peut être accueillie que dans l’humilité et la pauvreté. L’oraison est une relation d’alliance établie par Dieu au fond de notre être (cf. Jr 31, 33). L’oraison est communion : la Trinité Sainte y conforme l’homme, image de Dieu, " à sa ressemblance ".

2716 L’oraison est écoute de la Parole de Dieu. Loin d’être passive, cette écoute est l’obéissance de la foi, accueil inconditionnel du serviteur et adhésion aimante de l’enfant. Elle participe au " oui " du Fils devenu Serviteur et au " fiat " de son humble servante.

2717 L’oraison est silence, ce " symbole du monde qui vient " (S. Isaac de Ninive, tract. myst. 66) ou " silencieux amour " (S. Jean de la Croix). Les paroles dans l’oraison ne sont pas des discours mais des brindilles qui alimentent le feu de l’amour. C’est dans ce silence, insupportable à l’homme " extérieur ", que le Père nous dit son Verbe incarné, souffrant, mort et ressuscité, et que l’Esprit filial nous fait participer à la prière deJésus.

2718 L’oraison est union à la prière du Christ dans la mesure où elle fait participer à son Mystère. Le Mystère du Christ est célébré par l’Église dans l’Eucharistie, et l’Esprit Saint le fait vivre dans l’oraison, afin qu’il soit manifesté par la charité en acte.

2719 L’oraison est une communion d’amour porteuse de Vie pour la multitude, dans la mesure où elle est consentement à demeurer dans la nuit de la foi. La Nuit pascale de la Résurrection passe par celle de l’agonie et du tombeau. Ce sont ces trois temps forts de l’Heure de Jésus que son Esprit (et non la " chair qui est faible ") fait vivre dans l’oraison. Il faut consentir à " veiller une heure avec lui " (cf. Mt 26, 40).

Pour approfondir :

Saint Augustin – Les Confessions

Mais, Seigneur, en quel lieu de ma mémoire demeurez-vous ? En quel lieu y avez-vous établi votre séjour ? Quel logement y avez-vous bâti pour vous recevoir ? Quel sanctuaire vous y êtes-vous consacré ? […] mais ma difficulté est de comprendre en quelle partie d’elle vous demeurez ; car lorsque je me suis souvenu de vous, j’ai passé au-delà de toutes ces puissances qui nous sont communes avec les bêtes, parce que je ne vous trouvais point parmi les images des choses qui sont corporelles. Je suis allé de là jusque dans cette puissance de ma mémoire, à qui je donne en garde toutes les affections de mon esprit, et je ne vous y ai point aussi trouvé. […]

[…] parce que comme vous n’êtes point une image corporelle, ni une passion de l’esprit, telles que sont la joie, la tristesse, le désir, la crainte, le souvenir, l’oubli, et toutes les autres choses semblables, vous n’êtes pas non plus mon esprit, puisque étant Dieu vous êtes le Seigneur et le maître de mon esprit.

Toutes ces choses sont sujettes à changement : mais vous, comme étant immuable, vous demeurez toujours élevé au-dessus de toutes choses, et daignez vous abaisser jusqu’à demeurer dans ma mémoire depuis que je vous ai connu. […] Il me suffit de savoir que vous y demeurez, puisque je me souviens de vous depuis le temps que j’ai commencé à vous connaître, et que c’est en elle que je vous trouve toutes les fois que je m’en souviens.

Où est-ce donc que je vous ai trouvé, mon Dieu, afin que je vous puisse connaître, puisque vous n’étiez pas dans ma mémoire avant que je vous eusse connu ? Où ai-je pu vous connaître et vous trouver, sinon en vous-même au-dessus de moi ? […] Comme vous êtes l’éternelle vérité, vous rendez partout vos oracles à tous ceux qui vous consultent ; vous répondez en même temps à toutes les diverses demandes que l’on vous fait ; vous y répondez très clairement ; mais tous ne vous entendent pas clairement. Tous ont recours à vous pour savoir ce qu’ils désirent d’apprendre ; mais ils ne reçoivent pas toujours les réponses qu’ils désirent. Et celui-là seul mérite d’être mis au rang de vos fidèles ministres, qui ne désire pas d’entendre de vous ce qui est conforme à sa volonté, mais plutôt de conformer sa volonté à ce qu’il vous plaira de lui faire entendre.

Que j’ai commencé tard à vous aimer, ô beauté si ancienne et si nouvelle ! que j’ai commencé tard à vous aimer ! Vous étiez au-dedans de moi ; mais, hélas ! j’étais moi-même au-dehors de moi-même. C’était en ce dehors que je vous cherchais. […] Vous m’avez appelé ; vous avez crié, et vous avez ouvert les oreilles de mon cœur en rompant et en brisant tout ce qui me rendait sourd à votre voix. Vous avez frappé mon âme de vos éclairs ; vous avez lancé vos rayons sur elle, et vous avez chassé toutes les ténèbres qui la rendaient aveugle au milieu de votre lumière même. […] Vous m’avez touché, et je suis devenu tout brûlant d’ardeur pour la jouissance de votre éternelle félicité.